La Fantasia : l'histoire de la tbourida marocaine
Une charge de cavaliers, un seul coup de feu, une tradition née au XVIe siècle et inscrite à l'UNESCO en 2021.
La Fantasia est une charge de cavaliers qui s'achève sur une seule détonation. Les Marocains l'appellent tbourida, ou la'b el-baroud, « le jeu de la poudre ». Ce n'est ni une course ni un numéro de cirque : c'est la mise en scène d'une charge de cavalerie, jugée sur une chose presque impossible à obtenir, la parfaite simultanéité.
En bref
- Nom marocain : tbourida (تبوريدة), aussi appelée la'b el-baroud, le jeu de la poudre. « Fantasia » est le nom donné par les voyageurs européens du XIXe siècle.
- Apparition : XVIe siècle, à partir des pratiques militaires de la cavalerie.
- UNESCO : inscrite en 2021 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
- La troupe : une sorba d'un nombre impair de cavaliers, entre 15 et 25, menée par un mqadem.
- Le déroulé : deux temps, la hadda (le salut) puis la talqa (le galop et la salve).
- À Marrakech : la Fantasia clôt la soirée Chez Ali, tous les soirs, dans une arène de la taille d'un terrain de football.
Qu'est-ce que la tbourida exactement ?
La tbourida reconstitue une parade militaire selon des conventions arabo-amazighes transmises de génération en génération. Une ligne de cavaliers, épaule contre épaule, part au galop sur une piste rectiligne d'environ deux cents mètres. Au signal du chef de troupe, tous lèvent leur fusil et tirent ensemble. Si l'on entend une seule détonation, la charge est réussie. Si l'on en entend deux, même à une demi-seconde d'intervalle, elle est ratée.
Tout le reste — la beauté des chevaux, la richesse des costumes, le courage des hommes — ne compte que si cette unité est atteinte. C'est pour cela que la tbourida se joue en troupe et jamais seul : elle célèbre moins l'exploit individuel que la discipline d'un groupe.

Une tradition née au XVIe siècle
La tbourida apparaît au XVIe siècle. Elle naît des exercices de la cavalerie marocaine, à une époque où le cheval et le fusil à poudre noire décident de l'issue des batailles. Ce qui était un entraînement devient peu à peu un rite : on charge pour honorer un hôte, pour ouvrir un moussem, pour célébrer une naissance, un mariage, une récolte.
La tradition s'est maintenue dans presque toutes les régions du royaume, avec des variantes de style, de costume et de harnachement. Les troupes se transmettent l'art au sein des familles : on y entre enfant, d'abord en s'occupant des chevaux, puis en montant, puis en tirant. En 2021, l'UNESCO a inscrit la tbourida sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
Le déroulé d'une charge, temps par temps
La hadda, le salut
La troupe entre au pas puis au trot, alignée. Les cavaliers saluent le public et le jury, font tournoyer leur fusil, le lancent parfois et le rattrapent. C'est la partie démonstrative : on y juge la tenue, l'alignement, la maîtrise de l'arme et le calme des chevaux.
La talqa, la salve
Vient ensuite le galop. Les chevaux partent ensemble, les cavaliers se dressent sur leurs étriers, lèvent les fusils vers le ciel, et le mqadem donne le signal. Une seule détonation doit retentir. Le nuage de fumée blanche qui monte au-dessus de la piste est la signature de la tbourida.
La sorba : qui compose une troupe
Une troupe de tbourida s'appelle une sorba. Elle compte un nombre impair de cavaliers, entre 15 et 25, ce qui permet au chef de se placer exactement au centre de la ligne. Ce chef, le mqadem, choisit le rythme, donne le signal du tir et répond des siens devant le jury.
Les cavaliers sont éleveurs, artisans, commerçants : la tbourida n'est presque jamais un métier. Les chevaux appartiennent aux familles, qui les entraînent toute l'année pour quelques minutes de charge. Depuis les années 2000, des troupes féminines participent aux grands concours.

Le costume, le harnachement, le fusil
La tenue de tbourida est un ensemble complet, souvent transmis dans la famille : turban enroulé, vêtements amples drapés, babouches, et — détail que l'on remarque rarement — un petit exemplaire du Coran porté sur soi, ainsi qu'une épée arabe ancienne. Le cheval reçoit une selle brodée, un tapis de selle, des étriers travaillés, un mors et un poitrail décorés. Le harnachement complet d'un cavalier représente le travail de plusieurs artisans : brodeurs, selliers, orfèvres, armuriers.
L'arme est un long fusil à poudre noire, la moukahla, chargée à blanc. C'est elle qui produit la détonation et la fumée. Elle n'est jamais pointée vers le public : le tir se fait vers le ciel, à la verticale.
Où voir une Fantasia au Maroc
Trois occasions principales :
- Les moussems, ces grands rassemblements saisonniers où les troupes de la région se retrouvent. Le moussem de Tan-Tan, dans le Sud, inscrit par l'UNESCO en 2008, en est le plus connu.
- Les concours, notamment pendant le Salon du cheval d'El Jadida, où les meilleures sorbas du royaume s'affrontent devant un jury.
- Les dîners-spectacles, qui permettent de voir une Fantasia un soir donné, sans attendre la saison des moussems.
La Fantasia chaque soir à Marrakech
Ali Benfallah a créé sa propre Fantasia au début des années 1980 : d'abord de jour, puis de nuit, après de longs mois d'entraînement des chevaux — un cheval ne charge pas volontiers dans le noir, au milieu des lumières et des détonations. Depuis, elle clôt chaque soirée Chez Ali, dans une arène de la taille d'un terrain de football, sous les projecteurs et les feux d'artifice.
La Fantasia arrive en fin de soirée, après la cérémonie d'accueil et le dîner sous les tentes. Le programme complet de la soirée détaille les trois actes, et la page menus et prix donne les trois formules à 60 € avec le transfert aller-retour gratuit.
Le vocabulaire de la tbourida
Six mots suffisent à suivre une charge et à comprendre ce que commentent les spectateurs marocains autour de vous. Ils reviennent dans tous les concours et dans le dossier déposé à l'UNESCO.
| Terme | Ce que cela désigne |
|---|---|
| tbourida | Le nom marocain de la discipline, de l'arabe baroud, la poudre. C'est le mot employé au Maroc ; « Fantasia » est le terme des voyageurs européens du 19e siècle. |
| la'b el-baroud | « Le jeu de la poudre », l'autre nom courant de la tbourida. |
| sorba | La troupe. Un nombre impair de cavaliers, entre 15 et 25, pour que le chef se tienne exactement au centre de la ligne. |
| mqadem | Le chef de la sorba. Il choisit le rythme, donne le signal du tir et répond de ses cavaliers devant le jury. |
| hadda | Le premier temps : l'entrée au pas puis au trot, le salut au public et au jury, les fusils que l'on fait tournoyer. |
| talqa | Le second temps : le galop, les cavaliers debout sur les étriers, et la salve unique. |
| moukahla | Le long fusil à poudre noire, chargé à blanc, tiré à la verticale. |
| moussem | Un grand rassemblement saisonnier, souvent autour d'un saint local ou d'une récolte, où les sorbas de la région se retrouvent. |
Comment une charge est jugée
Les règlements varient d'un concours à l'autre, mais les critères reviennent toujours autour des mêmes points. Ce qui surprend les spectateurs étrangers, c'est que la vitesse n'en fait pas partie : une sorba qui galope plus vite qu'une autre n'a aucun avantage. Ce que le jury note, c'est l'ensemble.
| Critère | Ce que le jury regarde | Ce qui pénalise |
|---|---|---|
| La simultanéité | Une seule détonation pour toute la ligne. | Deux coups distincts, même séparés d'une demi-seconde. |
| L'alignement | La ligne tenue d'un bout à l'autre de la piste, épaule contre épaule. | Un cavalier qui prend de l'avance ou se décale. |
| Le départ et l'arrêt | Partir au signal exact, s'arrêter droit au bout de la piste. | Un départ anticipé, un cheval qui dérive à l'arrêt. |
| La tenue du cheval | Le calme sous les détonations et la fumée, l'état et la propreté de la monture. | Un cheval qui se dérobe, qui refuse ou qui part seul. |
| La hadda | Le salut, la maîtrise du fusil que l'on fait tournoyer, l'attitude d'ensemble. | Un fusil mal rattrapé, une entrée désordonnée. |
| Le costume et le harnachement | La tenue complète, la selle brodée, le tapis, les étriers, le mors et le poitrail. | Un ensemble incomplet ou dépareillé dans la ligne. |
C'est pour cela qu'une sorba s'entraîne toute l'année pour quelques minutes : la charge est un geste collectif qui ne pardonne pas l'approximation d'un seul.
Les femmes dans la tbourida
La tbourida s'est transmise pendant des siècles entre hommes, au sein des familles. Depuis les années 2000, des sorbas féminines participent aux grands concours du royaume, dans les mêmes conditions et selon les mêmes critères : même nombre impair de cavalières, même mqadem à la tête de la ligne, même fusil à poudre noire, même jugement sur la simultanéité.
Leur présence a changé le regard porté sur la discipline, longtemps décrite comme une affaire d'hommes et de chevaux. Elle a aussi élargi le vivier des troupes : dans plusieurs régions, ce sont des cavalières qui reprennent l'art quand une famille n'a plus de fils pour le faire. Le Salon du cheval d'El Jadida leur consacre désormais des épreuves suivies, et c'est là qu'on voit le mieux à quel point le niveau s'est resserré.
Ce que l'inscription à l'UNESCO a changé
En 2021, la tbourida a été inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Il faut comprendre ce que cela veut dire, et ce que cela ne veut pas dire. Ce n'est pas un label de qualité, ni une mise sous cloche : l'UNESCO ne classe pas la tbourida comme on classe un monument.
L'inscription reconnaît une pratique vivante et engage l'État qui l'a déposée à prendre des mesures de sauvegarde : inventorier les troupes, soutenir la transmission aux plus jeunes, documenter les savoir-faire associés — ceux des brodeurs, des selliers, des armuriers, qui disparaissent plus vite que les cavaliers.
Il existe une seconde liste, celle de la sauvegarde urgente, réservée aux pratiques menacées de disparition : au Maroc, le taskiwin du Haut Atlas occidental y a été inscrit en 2017. La tbourida, elle, figure sur la liste représentative, celle des pratiques bien vivantes. La nuance dit l'essentiel : il y a aujourd'hui assez de sorbas, assez de chevaux et assez de familles pour que l'art se transmette tout seul.
Voir une Fantasia : ce qu'il faut savoir
Quelques points pratiques, parce qu'une première charge surprend toujours.
C'est bruyant. Quinze à vingt-cinq fusils à poudre noire tirés ensemble font une détonation sèche et profonde, que l'on sent autant qu'on l'entend. Ce n'est pas dangereux — les armes sont chargées à blanc, le tir part à la verticale et le public reste hors de l'arène — mais prévenez les jeunes enfants et les oreilles sensibles, et ne vous placez pas en plein milieu si le bruit vous gêne.
Regardez la ligne, pas un cavalier. Le réflexe est de suivre un cheval des yeux. On rate alors ce qui se joue : l'alignement qui tient ou qui casse, et la salve qui part d'un bloc. Prenez la ligne entière dans votre champ de vision et vous comprendrez instantanément si la charge est réussie.
La fumée fait partie du spectacle. Le nuage blanc qui monte au-dessus de la piste après la salve est la signature de la tbourida. Attendez quelques secondes avant de partir : c'est souvent le plus beau moment.
Pour les photos, oubliez le mode automatique. Une charge de nuit, sous projecteurs, est l'un des sujets les plus difficiles qui soient : il faut une vitesse élevée pour figer le galop et une sensibilité poussée parce que la lumière est faible. Un téléphone récent s'en sort mieux en vidéo qu'en photo. Et le plus simple reste de filmer l'ensemble de la ligne plutôt que de chercher le gros plan.
Questions fréquentes
Pourquoi les cavaliers tirent-ils tous en même temps ?
Parce que la tbourida est jugée sur la simultanéité : une charge réussie ne produit qu'une seule détonation. Deux coups distincts, même très rapprochés, signalent un défaut de coordination.
Les fusils sont-ils chargés à balles ?
Non. Les fusils de tbourida sont des armes à poudre noire chargées à blanc : elles produisent le bruit et la fumée, sans projectile. Le tir se fait vers le ciel, à la verticale.
Peut-on voir une Fantasia à Marrakech toute l'année ?
Oui. En dehors de la saison des moussems, la Fantasia de Chez Ali se tient tous les soirs dans la Palmeraie, en clôture du dîner-spectacle, de 20 h à minuit.
Combien de temps dure une Fantasia ?
La charge elle-même ne dure que quelques instants : une ligne de cavaliers parcourt deux cents mètres au galop et tire une fois. Un passage complet, hadda comprise, se compte en minutes. Dans un dîner-spectacle, la Fantasia est le dernier acte de la soirée : Chez Ali, elle clôt une soirée qui va de 20 h à minuit.
La tbourida est-elle un sport ?
Elle se juge, elle se classe et elle a ses concours, à commencer par le Salon du cheval d'El Jadida. Mais ce n'est presque jamais un métier : les cavaliers sont éleveurs, artisans ou commerçants, les chevaux appartiennent aux familles, et l'entraînement se fait en dehors du travail. C'est une pratique culturelle que l'on évalue, plus qu'une discipline sportive professionnelle.
Peut-on photographier la Fantasia ?
Oui, rien ne l'interdit. Mais la scène est nocturne et très rapide : visez une vitesse élevée et une sensibilité poussée, ou filmez plutôt que de photographier. Pendant le spectacle, l'arène reste réservée aux cavaliers pour des raisons de sécurité : on photographie depuis les tables et les gradins.
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Voir la Fantasia ce soir
Trois formules à 60 € par personne, transfert aller-retour gratuit depuis votre hôtel ou riad de Marrakech. Envoyez-nous votre date, le nombre de personnes et le menu choisi : voir les menus ou le détail du transfert.
Sources : UNESCO, Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité : tbourida (inscrite en 2021), moussem de Tan-Tan (2008). Les informations sur la soirée, les menus et les prix sont celles de Chez Ali Marrakech, mises à jour en septembre 2026.
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Dîner, troupes folkloriques et Fantasia, transfert aller-retour inclus.

Le dîner-spectacle et la Fantasia de Chez Ali à Marrakech, réservés avec le transfert aller-retour gratuit depuis votre hôtel, par Traces Berbères Voyages.
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