Le folklore marocain, région par région
Ahwach, gnaoua, dekka marrakchia, guedra, taskiwin : à quoi reconnaître les grandes traditions du pays.
Il n'existe pas un folklore marocain, mais une mosaïque : chaque vallée, chaque plaine, chaque oasis a sa danse, son rythme et son costume. Une soirée de troupes est donc une traversée du pays — du Moyen Atlas au Sahara, en une heure.
En bref
- Familles principales : ahwach et ahidous (Amazigh, Atlas), gnaoua (héritage subsaharien), aïta et chikhates (plaines atlantiques), dekka (Marrakech), guedra (Sud saharien).
- Instruments : bendir, taarija et tbel pour les peaux, guembri et krakebs chez les gnaoua, ghaïta pour les vents, violon tenu à la verticale sur le genou.
- UNESCO : gnaoua inscrit en 2019, taskiwin sur la liste de sauvegarde urgente en 2017, place Jemaa el-Fna en 2008.
- Le principe : presque toutes ces traditions sont collectives — on danse en ligne ou en cercle, jamais en vedette.
- À Marrakech : une dizaine de troupes différentes défilent chaque soir pendant le dîner Chez Ali.
Ahwach et ahidous : la danse en cercle de l'Atlas
Dans le Haut Atlas et l'Anti-Atlas, l'ahwach rassemble tout un village : les hommes frappent les bendirs, chauffés au feu pour tendre la peau, les femmes répondent en chant et le cercle se resserre à mesure que le rythme accélère. Dans le Moyen Atlas, l'ahidous suit le même principe, en ligne serrée et ondulante, épaule contre épaule, avec des joutes poétiques improvisées entre les chanteurs.
Ce sont des danses de communauté, pas de spectacle : on y entre par voisinage et par famille, et le chant sert autant à raconter la vie du village qu'à faire danser.

Les gnaoua : la transe et le guembri
Les confréries gnaoua descendent des populations venues d'Afrique subsaharienne. Leur musique mêle un répertoire spirituel, des rythmes hérités du sud du Sahara et des éléments soufis. Le maâlem — le maître — joue du guembri, un luth-basse à trois cordes à la caisse recouverte de peau, tandis que le groupe fait claquer les krakebs, de grandes castagnettes de métal.
La cérémonie traditionnelle, la lila, dure toute une nuit et appelle la transe. Ce que l'on voit en spectacle en est une forme courte et festive : le pas sauté, les bonnets à pompon qu'on fait tournoyer, le rythme qui monte. Les pratiques gnaoua ont été inscrites par l'UNESCO en 2019.
La dekka marrakchia : le rythme de la ville
Marrakech a sa propre forme : la dekka marrakchia, un ensemble entièrement percussif où des dizaines d'hommes assis frappent taarijas et bendirs en chantant à l'unisson. On l'entend traditionnellement au moment de l'Achoura et lors des grandes fêtes de la ville. C'est une musique d'ensemble, sans soliste, construite sur des relances de plus en plus rapides.
La guedra et les traditions du Sud
Venue de la région de Guelmim, aux portes du Sahara, la guedra se danse à genoux. Le nom est celui de la marmite dont la peau tendue sert de tambour. La danseuse, voilée, ne se déplace pas : tout passe par les mains, les doigts et le buste, sur un rythme lent qui s'accélère. C'est l'une des danses les plus hypnotiques du répertoire marocain.
Plus au sud encore, le moussem de Tan-Tan rassemble chaque année plus d'une trentaine de tribus nomades autour de la musique, de la poésie et des courses de chameaux ; l'UNESCO l'a inscrit en 2008.
Taskiwin, aïta, et les répertoires plus rares
Le taskiwin est une danse martiale du Haut Atlas occidental, nommée d'après la corne richement décorée que chaque danseur porte sur lui. Menacée de disparition, elle a été inscrite par l'UNESCO en 2017 sur la Liste de sauvegarde urgente — celle qui appelle des mesures actives de transmission.
Dans les plaines atlantiques, l'aïta est un chant de terroir porté par les chikhates, chanteuses professionnelles dont le répertoire raconte l'amour, l'exil et la résistance. Longtemps méprisé, il est aujourd'hui reconnu comme l'un des grands répertoires populaires du pays.

Reconnaître les instruments
- Bendir : grand tambour sur cadre, avec des cordes de timbre tendues sous la peau, qui lui donnent son grésillement.
- Taarija : petit tambour en terre cuite en forme de gobelet, tenu sous le bras.
- Tbel : grosse caisse frappée avec une baguette courbe, pour marquer le pas.
- Guembri (ou hajhouj) : luth-basse gnaoua à trois cordes, caisse en bois recouverte de peau.
- Krakebs : castagnettes de fer forgé, jouées par paires.
- Ghaïta : hautbois puissant, joué en souffle continu, qui porte à travers toute une place.
- Violon : tenu à la verticale, posé sur le genou, à la manière arabo-andalouse.
Où voir le folklore marocain à Marrakech
La place Jemaa el-Fna, inscrite par l'UNESCO en 2008 pour son espace culturel, reste le premier théâtre populaire du pays : conteurs, gnaoua, charmeurs de serpents, cercles qui se forment et se défont. Les festivals — celui des gnaoua à Essaouira, celui des arts populaires à Marrakech — rassemblent les meilleures troupes à date fixe.
Pour voir plusieurs régions dans la même soirée, le dîner-spectacle est le format le plus direct. Chez Ali, une dizaine de troupes défilent entre les tables pendant le dîner : Zayane de Khénifra, Tiskiwine d'Amizmiz, Kelaa M'Gouna, gnaoua, Imintanout, ahwach de Ouarzazate, ahwach de l'Ourika, dekka de Marrakech, Aït Ben Haddou, guedra. La Fantasia vient ensuite, dans l'arène.
Les grandes familles, d'un coup d'œil
Huit traditions suffisent à couvrir l'essentiel de ce qu'un visiteur peut voir au Maroc. Les reconnaître demande moins de mémoire qu'on ne croit : chacune a une région, une formation et un instrument dominant.
| Tradition | Région | Ce que l'on voit | L'instrument qui mène |
|---|---|---|---|
| Ahwach | Haut Atlas, Anti-Atlas | Un cercle qui se resserre, hommes aux percussions et femmes au chant. | Bendir |
| Ahidous | Moyen Atlas | Une ligne serrée et ondulante, épaule contre épaule, avec des joutes chantées. | Bendir |
| Gnaoua | Essaouira, Marrakech | Pas sauté, bonnets à pompon que l'on fait tournoyer, montée vers la transe. | Guembri et krakebs |
| Aïta | Plaines atlantiques | Des chanteuses debout, le chant porté très haut, peu de chorégraphie. | Violon et taarija |
| Dekka marrakchia | Marrakech | Des dizaines d'hommes assis, frappant à l'unisson, sans soliste. | Taarija et bendir |
| Guedra | Guelmim, Sud saharien | Une danseuse à genoux, voilée, qui ne se déplace pas. | La guedra, marmite tendue de peau |
| Taskiwin | Haut Atlas occidental | Une danse martiale, chaque danseur portant une corne décorée. | Percussions et cornes |
| Reggada | Rif oriental | Épaules et buste très mobiles, pas frappés au sol, formation en ligne. | Ghaïta et bendir |
Lire un costume
Avant d'entendre la musique, on voit la tenue. Et la tenue dit la région.
Chez les troupes de l'Atlas, les femmes portent des pièces de laine drapées et rayées, serrées à la taille, et des bijoux d'argent lourds — fibules, colliers, bracelets — qui sonnent en même temps que les percussions. Le mouvement du cercle fait partie du costume : il met les tissus en mouvement.
Les gnaoua se reconnaissent de loin. Tuniques brodées, souvent claires, et surtout le bonnet à pompon, que les danseurs font tourner en rythme par un mouvement de tête ; des cauris, ces petits coquillages blancs venus du commerce transsaharien, cousus sur les coiffes et les gilets, rappellent l'origine subsaharienne des confréries.
Dans la guedra, tout est dans le voile et les mains. La danseuse est couverte, assise sur les genoux, et l'essentiel du mouvement passe par les doigts et le buste. Le costume ne cherche pas à montrer le corps, il cadre le geste.
Le danseur de taskiwin, lui, porte son nom sur lui : la tiskt, cette corne richement décorée accrochée à l'épaule, qui a donné son nom à la danse.
Ce que l'UNESCO a inscrit, et ce qu'elle n'a pas inscrit
Plusieurs éléments du patrimoine vivant marocain figurent sur les listes de l'UNESCO, mais pas sur la même et pas pour les mêmes raisons. La distinction est importante : la liste représentative recense des pratiques vivantes, la liste de sauvegarde urgente des pratiques menacées.
| Élément | Liste | Année |
|---|---|---|
| Pratiques et savoir-faire gnaoua | Liste représentative | 2019 |
| Taskiwin, danse martiale du Haut Atlas occidental | Sauvegarde urgente | 2017 |
| Espace culturel de la place Jemaa el-Fna | Liste représentative | 2008 |
| Moussem de Tan-Tan | Liste représentative | 2008 |
| Tbourida | Liste représentative | 2021 |
| Savoirs liés au couscous (dossier commun avec l'Algérie, la Mauritanie et la Tunisie) | Liste représentative | 2020 |
L'ahwach, l'ahidous, la dekka marrakchia, l'aïta et la guedra ne figurent sur aucune des deux listes à ce jour. Cela ne dit rien de leur valeur : une inscription suppose un dossier déposé par l'État, un inventaire et un plan de sauvegarde, c'est-à-dire un long travail administratif. Beaucoup de pratiques très vivantes n'y sont jamais entrées.
Les grands rendez-vous
Pour voir les meilleures troupes, mieux vaut viser les rassemblements que le hasard.
Le Festival Gnaoua et Musiques du Monde d'Essaouira réunit chaque année les maâlems les plus réputés et les fait jouer avec des musiciens venus d'ailleurs ; c'est là que la musique gnaoua s'est fait connaître hors du Maroc. Le Festival national des arts populaires de Marrakech fait défiler des troupes de tout le royaume dans la ville même. Le Salon du cheval d'El Jadida est le rendez-vous de la tbourida, mais il programme aussi des troupes. Et le moussem de Tan-Tan, dans le Sud, rassemble plus d'une trentaine de tribus nomades autour de la musique, de la poésie et des courses de chameaux.
Entre deux festivals, la place Jemaa el-Fna reste le théâtre permanent : les cercles s'y forment en fin d'après-midi et se défont à la nuit, sans programme ni scène.
Une soirée de dix troupes : comment la suivre
Dans un dîner-spectacle, les troupes ne jouent pas l'une après l'autre sur une scène : elles circulent entre les tables, quelques minutes chacune, puis laissent la place. Le format est déroutant la première fois, et il a sa logique.
Commencez par écouter l'instrument dominant : s'il y a un guembri et des krakebs, ce sont les gnaoua ; si tout est percussion et chant à l'unisson, c'est la dekka ; si vous entendez une ghaïta qui porte au-dessus de tout, c'est un répertoire du Nord ou de l'Atlas. Regardez ensuite la formation : cercle, ligne, ou groupe assis. Les deux informations suffisent presque toujours à situer la région.
Et acceptez de ne pas tout identifier. Une soirée de dix troupes fait traverser le Moyen Atlas, le Haut Atlas, la vallée de l'Ourika, Marrakech et le Sud saharien en une heure : c'est une anthologie, pas un cours.
Comment tout cela se transmet encore
Aucune de ces traditions ne s'apprend au conservatoire. Elles se transmettent par le voisinage et par la famille : on entre dans une troupe parce qu'un oncle y joue, on commence par porter les instruments, on finit par tenir une partie. Le répertoire se retient à l'oreille, les pas se prennent en dansant dans le cercle, et personne n'écrit rien.
Ce mode de transmission est solide tant que le village tient. Il devient fragile avec l'exode vers les villes : une troupe qui perd cinq jeunes en deux ans perd son répertoire en dix. C'est précisément ce que visent les inscriptions à l'UNESCO et les grands festivals — donner aux troupes une raison économique et une reconnaissance publique de continuer, dans un pays où le public est passé des mariages de village aux scènes et aux dîners-spectacles.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre ahwach et ahidous ?
Les deux sont des danses collectives amazighes. L'ahwach vient du Haut Atlas et de l'Anti-Atlas et se danse plutôt en cercle ; l'ahidous vient du Moyen Atlas et se danse en ligne serrée et ondulante, avec des joutes poétiques chantées.
Qu'est-ce qu'un maâlem gnaoua ?
C'est le maître de la confrérie : il joue du guembri, luth-basse à trois cordes, mène le chant et dirige la cérémonie. Les pratiques gnaoua ont été inscrites au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en 2019.
Combien de troupes voit-on pendant une soirée Chez Ali ?
Une dizaine de troupes différentes défilent devant les tables pendant le dîner, chacune venue d'une région : Moyen Atlas, Haut Atlas, vallée de l'Ourika, Marrakech, Sud saharien.
Le folklore marocain est-il amazigh ou arabe ?
Les deux, et pas seulement. Le répertoire du pays additionne des traditions amazighes (ahwach, ahidous, taskiwin), arabes (aïta, melhoun) et subsahariennes (gnaoua), avec des échanges constants entre elles depuis des siècles. Parler d'un folklore marocain au singulier est commode mais faux : c'est une mosaïque, et c'est ce qui en fait la richesse.
Quelle est la différence entre gnaoua et aïta ?
Tout, sauf le pays. Les gnaoua sont des confréries d'origine subsaharienne, dont la musique spirituelle se joue au guembri et aux krakebs et conduit à la transe. L'aïta est un chant de terroir des plaines atlantiques, porté par des chanteuses professionnelles, les chikhates, accompagnées de violon et de taarija, et dont le répertoire raconte l'amour, l'exil et la résistance.
Qu'est-ce qu'un moussem ?
Un rassemblement saisonnier, souvent organisé autour d'un saint local, d'un sanctuaire ou d'une récolte. On y trouve un marché, des rencontres de familles et de tribus, de la musique, de la poésie et fréquemment une tbourida. Le moussem de Tan-Tan, inscrit par l'UNESCO en 2008, est le plus connu du Sud marocain.
À lire aussi
Voir les troupes ce soir
Une dizaine de troupes, un dîner marocain complet et la Fantasia pour finir. Trois formules à 60 € par personne, transfert aller-retour gratuit : voir les menus.
Sources : UNESCO, Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité : gnaoua (2019), espace culturel de la place Jemaa el-Fna (2008), moussem de Tan-Tan (2008) ; Liste de sauvegarde urgente : taskiwin (2017). Les informations sur la soirée, les menus et les prix sont celles de Chez Ali Marrakech, mises à jour en septembre 2026.
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Dîner, troupes folkloriques et Fantasia, transfert aller-retour inclus.

Le dîner-spectacle et la Fantasia de Chez Ali à Marrakech, réservés avec le transfert aller-retour gratuit depuis votre hôtel, par Traces Berbères Voyages.
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Ouahat Sidi Brahim, Palmeraie, Marrakech
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